Aslim Taslam

 

- N°69 Octobre 2008 -

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Initiatives

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Mois de Ramadan à Clermont-Ferrand

 

 

Le mois de Ramadan nous a quitté, nous laissant face à nous-même : ai-je jeûné correctement, mes prières seront-elles acceptées, mes invocations seront elles exaucées ? C’est un bilan personnel que chacun doit faire dans sa propre intimité et face à sa conscience.

Dans certains cas, lorsqu’on effectue le jeûne du mois de Ramadan seul, sans communauté, il est difficile de trouver la ferveur, la foi qui augmente de jour en jour en ce mois béni. Par contre, si la communauté musulmane se regroupe, organise des séances de rappel, de dhikr, d’iftar collectif, on s’imprègne davantage de l’ambiance unique que nous offre le mois de Ramadan et on se rapproche de notre Seigneur davantage.

C’est pourquoi, à travers ce billet, je tiens à rendre hommage aux frères et soeurs de la mosquée "As Salam" de Clermont-Ferrand, située en France en Auvergne, pour l’énorme travail accompli durant ce mois. Je précise néanmoins ne pas faire partie des membres organisateurs de la mosquée et que je n’étais présente qu’à titre personnel, comme des millions de musulmans cherchant la proximité avec Son Seigneur dans le mois de Ramadan, qui a reçu la révélation du Saint Coran.

A notre immense joie, les membres organisateurs de la mosquée ont invité un imam venu d’Egypte afin de diriger les prières surérogatoires tarawih et qui a fait l’unanimité en matière de satisfaction. Récitant le Coran avec une récitation parfaite, un tajwid superbe, nos oreilles ne cessaient de se délécter des Paroles Divines, nous amenant au khouchour (quiétude, concentration...), emplissant nos yeux de larmes, notre peau se hérissant devant tant de beauté et notre coeur serein et apaisé.

J’ai d’ailleurs pu assister aux prières surérogatoires de tarawih car il y a une garderie à la mosquée organisé le samedi soir. Bon nombre de jeunes femmes s’interdisent d’aller prier à la mosquée du fait de devoir passer son temps à gérer les enfants qui découvrent un endroit assez grand pour pouvoir courir et jouer avec les copains, et qui, dans la très grande majorité des cas, dérangent les fidèles concentrés dans leur prière.

Si chaque mosquée pouvait penser à consacrer une salle et y mettre des jouets, des tapis, à charger une ou plusieurs personnes de confiance pour s’occuper des enfants, davantage de femmes pourraient se rendre à la mosquée et tirer un bénéfice extrêmement important du fait de la prière collective, l’extripant ainsi de son train-train quotidien des tâches ménagères.

Habitant un village isolé, je n’ai jamais manqué la rupture collective du jeûne iftar destiné aux familles ; (donc, femmes, enfants, époux etc...). Une fois par semaine, c’est un grand moment de retrouvailles, de joie, de partage. Là aussi, cette initiative nécessite un minimum d’organisation et peut être étendue à d’autres mosquées : il y a des préposées à la préparation de la harira, et les familles qui viennent apportent avec soi ce qu’elles désirent : pizza, quiche, pain, eau, etc...

Hormis ces iftar spécial famille, tous les jours, il y a distribution de repas pour les étudiants, vivant seuls, loin de leur famille. Chaque jour, 400 repas complets (opération parrainée par muslims hand http://www.muslimhands.org/fr/fr/) ont été servis vers 19 points de distribution comme les cités universitaires, la maison d’arrêt, des centaines de familles nécessiteuses, les foyers de travailleurs immigrés, les réfugiés politiques, etc.
3 cuisinières étaient en permanence à la cuisine de la mosquée de 8h à 16h et des équipes de distribution prenaient le relai pour acheminer les repas. Toute personne motivée et compétente a été mise à contribution, d’où le succès des projets mis en place.

A l’occasion du mois de Ramadan, une banque alimentaire a été mise en place, disposant alors de produits de première nécessité comme le lait, la pain, etc apportés par de généreux donateurs tout au long du mois.

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Des personnalités politiques ont d’ailleurs pris part à la rupture du jeûne, comme Brice Hortefeux, ministre chargé de l’immigration et du développement solidaire présent un soir, le maire de Clermont Ferrand, M. Godard, le président du conseil régional, le préfet de région...
Ainsi, l’islam n’est plus cette religion fantôme, que l’on vivait discrètement, dans l’anonymat. Le voilà au grand jour, faisant participer les personnalités politiques et civiles et de ce fait, se faisant connaitre à sa juste valeur et non via des stéréotypes.

Le rappel profite aux croyant, des séance de fiqh (jurisprudence), des cours de psalmodie du Coran (tajwid) ont été organisés plusieurs fois par semaine, pour les hommes et pour les femmes, selon un créneau bien précis.

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Les jeunes enfants n’ont bien sûr pas été oubliés car ils ont suivi des cours d’apprentissage du Coran et ils ont été très nombreux à être persévérants et réguliers dans leur démarche.

Les dix derniers jours impairs du mois étaient organisées des veillées nocturnes qiyam layl qui ont été très suivies par les fidèles et notamment par les femmes.

D’ailleurs, lors de la 27 ème nuit du mois de Ramadan, considérée comme probable "nuit du destin", les femmes ont dû prier dehors tellement elles étaient nombreuses machaAllah... très nombreuses jusqu’au petit matin, à la prière du fajr où elles emplissaient la mosquée jusqu’à la porte. Magnifique nuit que celle-ci, se terminant merveilleusement par l’entrée en islam de deux nouvelles soeurs, qu’Allah a guidé machaAllah vers la superbe religion de paix qu’est l’islam. Extrêmement émouvant que cet instant où deux coeurs sortent de la pénombre vers la lumière, suivi par de magnifiques invocations de l’imam.
Au lever du jour, chacun regagne sa maison en étant bienheureux et apaisé.

La prière de l’Aïd s’est déroulée dans le grand zénith d’Auvergne, avec une organisation parfaite, et une chaleureuse ambiance.
Après la prière de l’Aïd et le sermon de l’imam, le maire de Clermont-Ferrand, Serge Godard, est passé souhaiter la bonne fête à notre communauté et lui témoigner de sa volonté de dialogue et de reconnaissance. Un membre représentatif des Chrétiens avait aussi fait le déplacement pour nous saluer.

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Des bonbons attendaient les enfants à la sortie ainsi que du thé et des pâtisseries. Ensuite, tout le monde a été convié à la mosquée afin de prendre part au déjeuner organisé à cette occasion.

Ainsi, personne n’a été oublié et chacun y a trouvé son compte. Il me semblait important de souligner les efforts accomplis par les uns et par les autres, afin de pouvoir voir surgir des initiatives semblables dans d’autres mosquées et d’éviter la solitude aux jeûneurs en ce mois de partage et d’entraide. Trop de personnes sont encore seules, ne mangent pas à leur faim et passent le mois de Ramadan comme un autre mois de l’année malheureusement. Pour changer cela, il suffit finalement de très peu de moyens, mais de beaucoup de volonté, d’organisation et d’espérer ainsi la récompense divine.

Qu’Allah récompense nos frères et soeurs oeuvrant pour le bien de la communauté. Amine
Qu’Allah couvre de Ses bienfaits l’imam 3Adil qui a su vivifier nos coeurs pendant le mois de Ramadan et nous offrir un plaisir immense grâce à sa récitation mais à ses cours également. Amine


 

Yamina H.
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