Aslim Taslam

 

- N°63 Mars 2008 -

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Femina

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Le nom de la femme

 

En France et dans les pays du Maghreb, il est courant que la femme, une fois mariée, change son nom de famille pour celui de son mari. La plupart du temps, cela parait une évidence, une conséquence du mariage. Mais la femme est-elle vraiment obligée de le faire ? Est-ce administratif ou culturel ? Qu’en est-il au niveau de l’islam ?

 

En France, que dit la loi ?

Changer de nom pour la femme mariée est tellement ancré dans les mentalités que beaucoup seront surpris d’apprendre ce qui suit. Le texte de loi relatif au nom que doit porter une personne est celui du 6 Fructidor an II, article 1er où il est spécifié : "Aucun citoyen ne pourra porter de nom ni de prénom autres que ceux exprimés dans son acte de naissance". D’autre part, dans la constitution de 1946 : "la loi garantit à la femme dans tous les domaines des droits égaux à ceux de l’homme".

Il n’y a pas de texte de loi où il est spécifié que la femme doit prendre le nom de son époux lorsqu’elle se marie. Bien au contraire, la loi stipule que l’on ne peut pas porter d’autre de nom que celui de naissance. La femme n’a donc absolument pas à changer de nom après son mariage. Les formulations de type « Nom de jeune fille », « nom de femme mariée » ne devraient donc même pas figurer dans les documents administratifs, il ne devrait y avoir qu’une seule appellation le nom tout court. Pourquoi n’y a-t-il pas d’expression « nom de jeune homme » ? N’est-ce pas une forme de discrimination ? En utilisant le terme « nom de jeune fille » cela sous-entend que la femme doit changer de nom lorsqu’elle se marie. Et cela est parfois mis en pratique dans de nombreuses administrations et divers organismes, par exemple avec les banques ou la caisse d’allocations familiales, où votre nom de naissance disparaît quasi automatiquement au profit de celui de l’époux. Parfois, il est même difficile de reprendre son nom tout en gardant la dénomination « madame ». Il faut alors à se résilier à un simple « mademoiselle » afin de pouvoir garder son nom de naissance car on vous dira que les logiciels utilisés n’ont pas prévu ce cas qui devrait pourtant être celui par défaut.

(JPEG) Alors qu’aucun texte ne l’oblige, la majorité des femmes en France portent le nom de leur mari, c’est pour dire à quel point cette pratique est répandue et ancrée dans les esprits.
Certaines femmes sont fières de porter le nom de leur mari. Seraient-elles heureuses à ce point de devenir leur propriété ? Que l’on le veuille ou non, c’est une forme de soumission, bien entendu inconsciente dans un pays où les femmes se disent libérées. En prenant le nom de son mari, la femme ne renonce-t-elle pas également à une part de son identité ?
De plus, lorsque la femme ne souhaite pas porter le nom de son mari, il n’est pas rare de voir ce dernier vexé d’une part parce que ce n’est pas la norme et d’autre part il se demande pourquoi sa femme ne serait pas fière de porter son nom. Quoi qu’on en dise la société est encore très machiste sur ce point.

Que dit l’islam ?

Dans l’islam, il n’est pas permis à une personne de porter un nom autre que celui de son père, aussi bien pour l’homme que pour la femme. Le Coran est très clair à ce sujet :

« Appelez-les du nom de leurs pères : c’est plus équitable devant Allah. [...] »
Sourate 33, Al Ahzab (Les coalisés), verset 5

Et dans la sounnah, on trouve que le Prophète saws a dit : « Qu’Allah maudisse celui qui se réclame à une personne autre que son père » (rapporté par l’imam Ahmad et d’autres).

L’appellation par le nom du père est valable aussi bien dans la vie ici-bas que dans celle de l’au-delà comme le montre le hadith suivant : « Au jour de la Résurrection, on affectera un drapeau au traître et dira : voici la traîtrise d’untel fils d’untel. » (Rapporté par Boukhari, 5709 et Mouslim, 3265).

On doit donc appeler une personne par son nom et celui de son père, sous la forme untel fils d’untel ou unetelle fille d’untel. En arabe, cela donne untel ibn untel. Cet usage était la règle jusqu’au 14ème siècle de l’hégire (20ème siècle grégorien). Par la suite, il a été remplacé pour copier le système des pays non musulmans (souvent anciens colonisateurs) et ainsi supprimer la filiation par le terme ibn « fils de ». Par exemple : Amid ibn Mohammad ibn Musleh est devenu Amid Mohammad Musleh, le terme « fils de » a disparu, ce qui n’est linguistiquement et traditionnellement pas acceptable.

Une partie des musulmans a aujourd’hui perdu l’habitude d’utiliser le nom du père et pire, la femme prend le nom de son mari. Comment peut-elle prendre le nom d’une personne avec laquelle elle n’a aucun lien de parenté ? Son mari n’est en aucun cas son père ! Dans ce cas, changer de nom est donc clairement interdit en islam.

Si par ignorance ou pour une autre raison, la femme a pris le nom de son mari, elle doit corriger cette erreur dès que possible. C’est l’avis de Sheikh Muhammed Salih Al-Munajjid.

(JPEG)

Pour conclure, que ce soit dans la loi française ou dans la loi islamique, la femme n’a pas à changer de nom lorsqu’elle se marie, au contraire elle doit le garder. On accuse toujours l’islam d’oppresser la femme mais on constate ici que c’est la culture qui oppresse la femme et non la religion. On parle toujours de soumission de la femme musulmane à l’homme alors qu’elle ne doit se soumettre qu’à son Créateur. Et en prenant le nom de son mari, ce sont une forme de soumission et une perte de son identité que la femme accepte et s’impose à elle-même puisque rien ne l’y oblige. Femmes ! Musulmanes ou non, gardez vos origines, gardez votre identité, gardez votre nom !


 

Leila R.
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